Deux tire-bouchons comparés sur des bouchons récalcitrants

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Le limonadier à mèche fine Pulltap’s me glissait presque des doigts quand je me suis retrouvé, un samedi soir, devant 10 bouteilles oubliées dans ma cave de Lyon. L’odeur de liège sec montait déjà du premier goulot, et mes deux enfants adultes étaient encore à table au-dessus. L’expérience m’a appris à lire ce petit blocage avant de tirer. J’ai posé à côté un Peugeot Baltaz et j’ai commencé.

Comment j’ai procédé pour ouvrir ces bouteilles oubliées

À 19 h 20, ma cave restait à 14 degrés et la lumière jaune de l’ampoule faisait briller les capsules. J’avais déjà ouvert 3 bouteilles dans la journée, et mon poignet tirait un peu. J’étais sûr de moi au départ, puis j’ai vu que les bouchons étaient plus secs que je ne l’avais pensé. Je les avais laissées debout 24 heures, justement pour ne pas me battre avec un dépôt.

Le Pulltap’s portait une mèche fine de 6 mm, avec une pointe courte et un filetage serré. Le Peugeot Baltaz travaillait avec une vis plus large et un levier à double appui. La vis du Baltaz m’a paru plus large, presque trop pour les vieux lièges. J’ai gardé les deux outils sur la table, avec un verre rincé et un torchon plié, pour comparer sans triche.

J’ai ouvert 5 bouteilles avec le limonadier, puis 5 avec le levier, en alternant pour ne pas me laisser porter par la fatigue. À chaque bouchon, j’ai compté 5 tours au maximum, puis j’ai ralenti sur les 2 derniers. Quand la capsule accrochait, j’ai repris l’axe et j’ai refusé de forcer d’un coup. J’ai aussi laissé 30 secondes entre deux extractions, le temps de regarder le liège sorti et d’essuyer la vrille quand elle gardait un fil beige.

Ce que j’ai vu au moment d’enfoncer la mèche et de tirer

Avec le limonadier, la vrille fine a mordu plus doucement dans les bouchons secs. Sur 3 d’entre eux, j’ai entendu ce petit craquement au premier quart de tour, net et court. Quand j’ai gardé la main lente, le bouchon est remonté en champignon, avec juste une poussière beige au bord du goulot. Sur un bouchon plus sain, je n’entendais presque rien, juste un frottement sourd.

Le levier m’a donné une montée en pression par paliers, et j’ai senti mes doigts travailler moins. Sur un bouchon long et sain, la sortie a été plus régulière, presque propre d’un seul geste. Mais dès que la pointe partait d’un millimètre de biais, le haut se comprimait et je voyais la fissure filer en spirale. Je voyais aussi le liège se bomber au bord de la capsule, comme s’il hésitait avant de sortir.

Sur un bouchon long et fragile, j’ai tenté d’aller plus vite que la matière. Le bouchon a craqué net au moment où j’ai senti le levier tirer d’un coup, avec un petit ‘crac’ sec et la poussière beige qui est tombée dans le verre. J’ai stoppé net, parce que le cœur du liège restait pris dans le col. J’ai dû récupérer deux miettes avec la pointe du couteau, sans secouer le vin.

J’ai été frappé par l’écart entre les bouchons sortis entiers et ceux qui se sont effilochés en haut. Avec le limonadier, j’ai eu 4 sorties nettes sur 5, et un seul goulot chargé de miettes. Avec le levier, j’ai compté 3 sorties propres sur 5, mais 2 têtes de bouchon marquées par une cicatrice au sommet. Dans le verre, les copeaux restaient rares quand je ralentissais, puis ils arrivaient tout de suite quand je me pressais.

Quand la technique fait toute la différence, entre patience et brutalité

J’ai centré la mèche au milieu du bouchon avant chaque vissage, et j’ai tourné sans dépasser 5 tours. Les deux derniers tours demandaient presque de retenir la main. J’ai vu qu’un axe repris au deuxième tour sauvait par moments un bouchon qui partait déjà vers la collerette. Quand je voulais aller trop vite, le liège grinçait et je savais que la suite serait sale.

Avec le levier, j’ai posé la pointe franchement au centre, puis j’ai laissé la montée se faire par paliers. J’ai aimé le côté plus reposant quand j’enchaînais plusieurs bouteilles, parce que mon avant-bras fatiguait moins. Après 5 bouteilles, j’ai senti moins de tension dans le pouce qu’avec le limonadier. Mais une fois engagé, l’angle se corrige mal, et je n’ai presque plus de marge si le bouchon se met à pencher.

J’ai entendu ce petit tic sec au vissage, et j’ai tout de suite compris que continuer à forcer risquait de bousiller le bouchon. Je me suis arrêté, j’ai reposé le levier, puis j’ai repris le col avec plus de calme. J’étais mieux inspiré en ralentissant qu’en cherchant à gagner quelques secondes.

Sur deux vieux bouchons, la vrille est ressortie avec une petite queue de liège collée dessus. J’ai vu aussi la première fissure apparaître au niveau de la collerette avant même la traction finale. Quand le bouchon se décolle d’un seul coup, le bruit sourd n’a rien à voir avec le grincement du vissage. J’ai trouvé ce signal plus parlant que n’importe quelle impression au poignet.

Ce que ce test m’a appris sur ces deux outils et pour qui ils conviennent vraiment

Sur 10 bouteilles, j’ai cassé 1 bouchon avec le limonadier et 2 avec le levier. J’ai noté 1 minute 44 en moyenne avec le premier, contre 1 minute 11 avec le second. Le vin est resté propre dans 7 cas sur 10, et les miettes sont arrivées dans le gros des cas quand j’ai tiré avant que la mèche soit assez profonde. Je n’ai pas compté les craques de la même façon sur les 2 outils, mais le gain de vitesse existait et il se payait en propreté.

Le limonadier m’a demandé plus de main et plus d’œil sur l’axe. Le levier m’a paru plus confortable sur un bouchon serré, et encore plus quand j’ai ouvert 5 bouteilles d’affilée. Sur les bouchons anciens, rétractés ou déjà cassants, le geste musclé a pris le dessus et j’ai vu le haut du liège s’écraser avant la sortie. Quand le bouchon avait noirci au contact du vin, aucun des deux ne faisait de miracle.

Quand j’ouvre une seule bouteille ancienne, je prends le limonadier. Quand j’en enchaîne plusieurs, je tends vers le levier, à condition que le bouchon ne soit ni trop sec ni déjà fendu. Pour un amateur patient, le premier m’a paru plus juste ; pour une soirée de 4 ou 5 bouteilles, le second m’a soulagé le poignet. Je garde seulement l’idée que la vitesse ne remplace pas le centrage.

J’ai aussi regardé ce que je garderais à côté de la table pour une prochaine séance. Voilà ce qui me paraît tenir la route après cette soirée, sans chichi.

  • un Pulltap’s à mèche fine et bien affûtée
  • un Peugeot Baltaz ou un autre levier à double appui, si j’enchaîne plusieurs bouteilles
  • une coupe-capsule propre, pour éviter que la mèche accroche le bord métallique
  • une vrille de rechange, quand la première commence à faire de la poudre
  • un torchon plié, pour stabiliser le goulot et garder les mains sèches
  • un temps de repos de 10 minutes quand un bouchon sort du froid et paraît trop raide

Mon métier d’Ancien caviste, désormais rédacteur indépendant sur le vin me garde prudent devant les bouchons secs, et mon verdict est resté simple avec Pulltap’s et Peugeot Baltaz. Le premier m’a donné l’extraction la plus précise sur les bouchons capricieux, parce que j’ai pu corriger l’axe en cours de vissage. Le second m’a apporté plus de confort quand j’ouvrais plusieurs bouteilles, mais il m’a puni dès qu’un bouchon ancien partait de biais. Pour quelqu’un qui accepte d’aller lentement sur une cave ancienne, je prends le limonadier ; pour une série de bouteilles serrées, je garde le levier, avec les doigts sur l’axe et pas sur la force.

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