Comment je suis tombé dans les vins natures, et par où commencer selon moi

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Les vins natures de La Dive Bouteille ont commencé par une bouffée d'œuf pourri quand le bouchon a cédé. J'avais encore les doigts froids du frigo, et je sortais cette bouteille pour un dîner à Lyon. Au verre, le premier nez m'a renvoyé un carton mouillé, pas le fruit net que j'attendais. J'étais excité comme avant une belle découverte, et j'ai vite déchanté.

Au départ, je ne savais pas trop dans quoi je mettais les pieds

En tant qu’ancien caviste, désormais rédacteur indépendant sur le vin, j'ai abordé ces bouteilles avec mon vieux réflexe de comptoir. Je gardais une marge de dépense serrée pour mes bouteilles, et je n'avais pas de cave fraîche à moi. À la maison, une simple étagère à l'ombre du salon faisait office de réserve. Quand je rentrais tard, je n'avais pas envie de jouer les funambules avec des flacons fragiles.

Aucun diplôme d’œnologie ni titre de sommelier : la légitimité vient de la pratique, pas d’un titre officiel. Vingt-cinq ans passés derrière le comptoir d’une cave à goûter, comparer et conseiller m’ont appris à écouter un vin avant de le défendre. Cette habitude m’a servi dès la première gorgée, même quand je ne comprenais pas encore le vocabulaire du vin nature. J’avais du recul, mais pas toutes les clés.

Au départ, je mélangeais tout. Je croyais qu'un vin nature voulait dire bio, sans chimie, et dans la plupart des cas sans surprise. Les conseils glissés par les vignerons rencontrés sur le terrain, et mes dégustations à l'aveugle, m'ont vite montré autre chose. J'ai découvert des bouteilles très nettes, puis d'autres bien plus tordues, sans que l'étiquette m'aide vraiment.

Si je devais le dire vite, le nature m'a plu quand le fruit restait lisible et que la bouche ne s'écrasait pas. J'ai moins aimé les bouteilles fatiguées, la variation d'une cuvée à l'autre, et les surprises au service. Je suis resté curieux, mais je n'ai plus pris le mot nature pour une promesse automatique.

La série noire des bouteilles ratées, et ce que ça m'a appris sur les vrais pièges

Un mardi, à 19 h 40, j'ai ouvert un blanc nature laissé trois semaines sur une tablette au-dessus du lave-vaisselle. La couleur tirait déjà vers l'ambre, et le nez partait sur la pomme blette. En bouche, j'ai retrouvé une amertume sèche, presque râpeuse, qui m'a fait reposer le verre. La cuisine était trop chaude, et la bouteille l'avait payé.

Plus tard, j'ai voulu servir un pét-nat à l'apéro, sans penser à la pression. J'ai ouvert trop vite, le goulot a pschitté, et la mousse a débordé sur le plan de travail. J'ai perdu un demi-verre avant même d'avoir posé les bouteilles. Mes invités ont ri, moi moins, parce que le plaisir s'est retrouvé sur l'éponge.

J'ai aussi rencontré un rouge réduit, avec ce nez d'œuf et d'allumette qui colle aux narines. Je l'ai carafé 12 minutes, puis j'ai remué un peu pour l'aider à s'ouvrir. L'odeur a reculé un instant, puis elle est revenue, plus sèche, presque caoutchouteuse. Là, j'ai hésité franchement sur la conduite à tenir.

Le pire doute est venu d'un autre vin, beau au nez au départ. En bouche, j'ai eu ce goût de carton et cette fin farineuse que j'ai fini par appeler le mousy taint. Le nez restait presque sage, et c'est bien ça qui m'a trompé. Je l'ai bu jusqu'au bout, plus par entêtement que par plaisir.

Avec ces ratés, j'ai appris à regarder le stockage avant l'étiquette. Une bouteille qui a dormi près d'une source de chaleur pardonne mal, surtout sans soufre. Depuis, je choisis mes cuvées chez des producteurs réguliers, et je les sers plus frais. Sur un rouge léger, 13 °C lui rend de l'allant, et un blanc non filtré repose debout quelques heures avant l'ouverture.

Le jour où j'ai compris que choisir un vin nature, c'est aussi savoir lire entre les lignes

Chez un caviste du quai Saint-Antoine, il m'a servi deux verres côte à côte. Le premier était propre, presque classique, avec un fruit droit. Le second partait plus loin, avec une volatile légère et une bouche plus sauvage. J'ai compris ce jour-là que nature ne voulait pas dire un seul profil.

Après ça, j'ai arrêté de chercher le mot nature en premier. Je regarde la région, le cépage, puis le niveau de soufre supposé quand je le connais. J'ai pris l'habitude de partir sur un gamay ou un chenin sec, servis à 12 °C ou 13 °C, après 20 minutes au frigo. Les bouteilles marquées 'sans sulfites ajoutés' me font plus réfléchir qu'avant.

Le trouble ne m'ennuie pas quand il reste léger. Des fines lies en suspension, un voile laiteux, même un perlant discret sur certains rouges, je sais maintenant le lire. Ce qui me gêne, c'est quand la bouteille a pris un coup de chaud. Là, le dépôt n'est plus un signe de vie, mais un fond brouillon.

La volatile, elle, monte au nez comme une pointe de vinaigre ou de dissolvant. Le carafage peut la calmer un peu, pas la réparer. Quand je ne sais plus si la bouteille est réduite ou fatiguée, je laisse parler le caviste ou le vigneron rencontré sur le terrain. J'ai appris à ne pas forcer un flacon qui me résiste.

Avec le recul, ce que je ferais différemment et ce que je conseillerais à ceux qui veulent commencer

Depuis mes années comme ancien caviste, désormais rédacteur indépendant sur le vin, je sais que la variabilité fait partie du jeu. Avec mes deux enfants adultes à table, j'ai vu que le plaisir tenait mieux quand la bouteille restait lisible. J'ai aussi compris que je perdais du temps à vouloir dompter des flacons trop capricieux. Le nature m'a donné du plaisir, mais il m'a aussi demandé de la patience.

Je referais sans hésiter le chemin vers les rouges légers, surtout le gamay servi un peu frais. Je garderais la main sur la température, parce qu'un rouge à 20 °C me paraît vite brouillon, alors qu'à 13 °C il retrouve de la tenue. Je continuerais aussi à laisser reposer les blancs non filtrés, debout, avant de les ouvrir. Le fruit y gagne tout de suite en précision.

Je me méfie encore des bouteilles choisies au seul mot nature, sans regarder le cépage ni la main du producteur. Les vins bio classiques m'ont déjà rassuré, et certains vins sans sulfites ajoutés, mais pas nature, m'ont paru plus stables. J'ai aussi goûté des cuvées de petits producteurs plus maîtrisées, et j'y reviens quand je cherche du net. Cela reste vrai si l'on accepte une bouteille qui demande un peu d'attention.

La dernière fois, chez Le Vin des Amis, un gamay servi à 12 °C m'a rappelé pourquoi je reviens à ces vins quand ils sont propres. Je n'ai pas oublié non plus la bouteille qui sentait la pomme blette avant même le premier verre, et je ne la force plus. Quand le doute se glisse dans le verre, je préfère passer la main au caviste ou au vigneron rencontré sur le terrain. Là, je sais que je reste du bon côté du plaisir.

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